Chroniques "Steel your nerves"

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Mona Kazu - Steel Your Nerves

25 octobre 2021 - À Découvrir Absolument

Dire que nous avions perdu de vue Mona Kazu depuis 2016 et l’excellent deuxième album du groupe Arguments with a bird serait mentir tant ses membres à travers leurs autres projets musicaux (ÙØ ; FranKendriK) ou scénographiques (les Médusés de Gorgopolitis, Soliloque d’une déclassée, cinés concerts…) ont continué à démontrer l’engagement de ses membres fondateurs Franck Lafay et Priscille Roy à soutenir l’ouverture, l’envie d’élargir leurs horizons comme fondation de leur démarche artistique, une nouvelle fois à l’œuvre ici en invitant Régis Boulard (Son of the Desert, Olivier Mellano…) sur ce troisième album du groupe.

Il y a donc une réelle joie de compter de nouveau un titre du groupe sur le volume 57 des compilations ADA à quelques jours de la sortie de Steel Your Nerves troisième LP du groupe au titre génial (et non dénué d’un certain second degré) où les pistes explorées au cours de ces cinq dernières années se retrouvent par touches ici et là.

Il y a en effet, dans la promesse de ce titre, à minima une jeu de piste en trompe l’œil car Birds, puissante ouverture à l’ample structure guitare / batterie pose une solide base rock et une ambiance de combat et d’urgence qui se prolonge à travers le texte de Porto Twins où apparait la première explosion du cadre rock par un détour free-jazz et l’appui d’une ligne de claviers aériens ouvrant vers un horizon cold-wave qui traverse ensuite le très beau NoSon.

Inclinaison qui sous-tend un peu plus loin le fascinant Solead sur lequel de la voix de Priscille Roy, comme sur Eden juste avant, se déploie entre force et fragilité, à la fois puissante et sensible avec une intensité émotive bouleversante.

Apaisement temporaire au cœur de disque que la seconde partie de Tourbillon, après une amorce jazz viendra faire voler en éclat dans sa parfaite cavalcade finale pour jeter l’auditeur dans la furie électro-noise-indus de l’enchainement Psycho / Kämpfen d’une rare intensité.

Niveau d’intensité qui atteindra son apogée au cour des cinq minutes finales du disque et ce morceau fou qu’est Troubles, lente et onirique montée en puissance sous influence post-rock incandescent dont on frémit à l’écoute à pleine puissance au casque du phénoménal potentiel scénique. (*)

Car si l’apaisement finit par arriver, il arrive par écho, au fil des écoutes, quand les premières sensations laissent place à l’attention portée à l’infinie palette d’arrangements, de nuances, d’ajustement dans les rythmiques des compositions.

Il arrive devant le constat de la beauté et l’urgence des textes, l’engagement de leurs auteurs, de la voix sublime qui leur donne vie. De l’émotion qui se libère en nous, et pour cela, ce disque est précieux. Mona Kazu est un groupe précieux.

(*) : le groupe sera notamment en concert le 17 Décembre 2021 avec Laetitia Sheriff à la Poudrière à Belfort

11 novembre 2021 - Sun Burns Out

Le clip ne fait pas tout mais ajoute à la magie du morceau. Kämpfen, le deuxième extrait du prochain album de Mona Kazu (le troisième), qui sort le 12 novembre et s’intitule Steel Your Nerves, est accompagné par une splendide réalisation de Cédric de Montceau. Cette déambulation gigogne en mode miroir (forêt/route, ville/campagne) agit comme un formidable trompe l’oeil qui se met au service de la progression des guitares et du crescendo émotionnel mis en place sur ce titre.

Mona Kazu y fait preuve d’une maîtrise et d’une sérénité impressionnantes dans leur registre habituel qui mêle new wave grisonnante, jazz atmosphérique et indé rock granitique. L’entame, portée par la guitare de Franck Lafay et la batterie millimétrée du nouveau venu, Régis Boulard, est somptueuse et rappelle les appels d’air d’un Godspeed You Black Emperor brut et apaisé. Le chant de Priscille Roy vient coiffer ce décor hanté et qui semble déserté de toute présence humaine pour ajouter à l’étrangeté de la balade. La voix qui rappelle par son évanescence les arabesques d’une Siouxsie en apesanteur prend des accents gothiques et oniriques pour suggérer un lointain cousinage avec le Dead Can Dance. L’ensemble est toutefois plus concret, plus matériel, plus lourd aussi, comme si le groupe avait simplifié ses partitions pour ne conserver que l’essentiel. Ce qui marque ici, c’est l’esprit de décision, cette impression que Mona Kazu sait sur chaque note où et vers où il se dirige. Le final du morceau est particulièrement riche, aboutissant à ce qu’on redécouvre ce qu’on était venu chercher : ce visage, humain, à demi effacé et qui restitue toute son humanité au voyage.

Enregistré sans doute pendant le confinement, décalé, et perturbé, cet album du groupe du Creusot porte sans doute bien son titre, Steel Your Nerves, exprimant cette idée d’un contrôle et d’une domestication à établir face à un monde qui se défile, s’arrête ou part en sucettes. Mona Kazu est le groupe qui, à l’échelle française, fait le plus penser à Low (en un peu plus musclé). Ce n’est pas un petit compliment.

12 novembre 2021 - Les Oreilles Curieuses

À l’automne 2016, nous avions découvert le rock incisif et poétique de Mona Kazu avec leur premier album Arguments With A Bird. Le groupe français nous avait impressionné avec son condensé musical qui aura fait sa petite renommée. Cinq années plus tard, ils reviennent avec son successeur intitulé Steel Your Nerves.

Priscille Roy et sa bande retroussent leurs manches avec cette fusion musicale magnétique et incisive. Démarrant en trombe avec un « Birds », Mona Kazu ira mêler indie rock, coldwave et jazz tant on s’aventure parfaitement dans l’univers du groupe profondément habité qui est exprimé sur « NoSon » et « Eden ».

L’interprétation de Priscille Roy continue de s’exprimer avec des titres intenses à l’image de « Soledad » et de « Tourbillon » tant elle ira taper sur le patriarcat, la bêtise humaine et les démons personnels et ira monter en puissance sur les derniers morceaux que sont « Kämpfen » et « Troubles ». Après cinq années d’absence, Mona Kazu revient encore plus fort et cela fait plaisir à entendre.

12 novembre 2021 - Muzzart

Alerte générale, Mona Kazu revient! Avec un troisième album. Et ouais! Va falloir se fader, loin d’être fade, son indé truffé de clins d’oeil stylistiques (jazz, cold-wave, noise et j’en passe) sous couvert de vocaux marquants dans tous les registres. S’envoyer, sachant bien qu’une seule écoute ne pourra suffire à tout en extraire, ce Steel your nerves où les mots bataillent pour des causes nobles (la bêtise, le patriarcat, l’apathie, ses démons…). Où, aussi, la majesté des décors n’a d’égal que leurs variabilité. Priscille Roy et Franck Lafay ont convié Régïs Boulard (Sons of the Desert, Olivier Mellano…), batteur au jeu novateur, pour l’enregistrement. Ils souhaitaient un son plus direct: j’avoue ne plus avoir en tête leurs sorties d’auparavant mais ici, j’accroche de manière immédiate. Birds, sombre, vocalement notable et chaleureux, sauvage et bien mis, se déploie sans empressement. Il imprime, insidieusement, son climat doux-amer. Il pourrait rompre, mais se contente d’envolées tenues. Il a du chien, Porto twins lui fait suite en appuyant plus franchement sur la pédale noisy. Il est racé, comme souvent chez Mona Kazu, mais marie plans presque orchestraux, mélodiques, et pointes écorchées. La voix, bien entendu, se perche sur les sommets en termes de tonalités. Elle oscille, narre ou chante avec emphase.

Pluriel - il touche entre autres au théâtre -, le duo termine ce Porto twins dans un orage jazz-noise que suivent ces vocaux de choix. Entre beauté et éclaboussures, Mona Kazu trouve une juste posture. NoSon, finement dark, laisse le père Boulard poser son groove de futs. On pense, pour les embardées un brin orientalisantes, à Orange Blossom. L’arrangement se souille; il est partout, pour le coup et sur ce Steel your nerves, à son avantage. Om aime, chez Mona Kazu, ses fréquents changements de recoins. Son effort n’en souffre pas, il en tire au contraire profit. Les guitares jettent des accords sales et stylés, à l’image de l’opus en entier. Entre soufre et soie, entre les mouvances, dans l’excellence toute en récurrence. Eden, fragile, fait valoir ses motifs et s’anime sans percuter, sous le joug de la batterie notamment. Sur son second volet, il gronde et s’épaissit. On prend, encore et toujours. Il s’agit, lorsqu’on a la chance de faire couler ce type de son, de n’en rien rater. Alors tu penses si ce Solead de velours, légèrement terni, obscur et bridé, on l’accepte sans ergoter. Il avance sur un fil, ne rompt toutefois pas.

Tourbillon fait un peu de même, bien nommé. Un Tourbillon faussement amical, venteux sans se faire complètement tempête. Ah si, tout de même. Sur sa fin, il durcit le trait. Bien joué. Il scande…tourbillonne, prend des airs frontaux. Psycho, ensuite, riffe dru. Rock et rauque, serti de notes joliettes, il complète l’opus au point de l’optimiser. Kämpfen se pointe, encore cordes et Allemand d’un bel apport dans le chant. Ses soubresauts marquent, son lyrisme aussi. Ses ultimes instants s’emballent, puis laissent place à Troubles. La fin est proche, dangereusement proche mais avant d’en finir, imprégnons-nous de ce final prenant. Colérique, saccadé et magnifique, il termine vertueusement là où d’autres closent sans panache. Il breake, longuement, pour à l’issue rependre du coffre. Mona Kazu s’en sort sans dommages, pour la troisième fois, en affirmant sensiblement son approche. Il va bien falloir, si ce n’est déjà fait, compter avec ce projet décalé, hybride et inspiré, dont la rondelle sort par ailleurs sur trois structures aussi libres que son registre.

15 novembre 2021 - Kaput Brain Webzine

Actif depuis bientôt dix ans en terre bourguignonne, Mona Kazu, livre cet automne son troisième album Steel your nerves. Le duo, notamment membre ou collaborateur avec ÙØ et Foxeagle, s’offre à cette occasion les services d’un batteur pour sublimer ses compositions post-wave oniriques et tendues.

Mona Kazu constitue une curiosité sonore aussi qu’enivrante que pénétrante. A travers ses fresques quasi-picturales oscillant entre le clair et l’obscur, le groupe diffuse ses ondes mélancoliques et graves avec tact et lyrisme. Steel your nerves regorge ainsi de titres nerveux distillés par des guitares rêches et de patterns marqués (Porto Twins). A contrario de cette colère enivrante, l’album s’avère parfois aérien grâce à ses autres instrumentations solides agrémentés d’un jeu de batterie subtil. Mona Kazu distille ainsi une lumière rassurante dans un temps parfois suspendu. Ses altérations se voient notamment façonnées par une voix féminine aux emportements maitrisés et poétiques (Solead). La formation démontre ainsi un véritable travail d’orfèvre inspiré du jazz et de l’indie rock dans une fusion rappelant en autre les expérimentations de Radiohead de la décennie 2000.

Avec Steel your nerves, Mona Kazu légitime son univers paradoxal au prisme d’aptitudes et de références certaines. Une belle œuvre tout simplement.

16 novembre 2021 - Indiepoprock

Mona Kazu a toujours abordé le rock sous son angle le plus passionnant. Celui d’une musique aux émotions infinies. Aux confins de la noise et de paysages mélodiques. Élaborés comme on pourrait peindre. Par couches successives de sonorités électroniques, industrielles, de langues différentes, d’imaginaires poétiques ou combatifs.

« Steel Your Nerves » atteint de ce point de vue un très bel équilibre, et réussit à établir des ponts entre la froideur d’une pure coldwave et les incursions de plus en plus marquées dans une dimension pas si éloignée de Radiohead. Une dimension dans laquelle se côtoient un indie rock plus sensible et une liberté propre au jazz.

Comme l’expression d’une époque elle-même de plus en plus complexe, illisible en apparence, en recherche constante et effrénée de sens. Mona Kazu signe ainsi un disque qui semble écrire ces mutations en cours. Gardant toute la martialité d’une musique combative. S’ouvrant à l’énergie d’une musique chargée de spiritualité. Moins violente que réflexive et totalement habitée.

19 novembre 2021 - L'imprimerie nocturne

Voilà un disque comme on les aime, plein d’un rock incisif, rugueux, marqué par une voix profonde et une guitare qui claque. Avec des titres qui n’hésitent pas à casser leur structure comme sur « Porto twins », ajouter des voix pour un effet quasi gothique sur « Eden », accélérer le pas et les cris dans un « Tourbillon ». Après cinq ans d’absence, Steel your nerves aligne les titres indie rock avec brio et les ambiances sombres qui iront comme un gant avec les fins de journées hivernales.